rmd reviewed L'Antre by Brian Evenson
qu’est-ce qu’une personne ?
Cela fait maintenant presque dix ans que Brian Evenson n’avait pas été publié en France mais en ce mois de janvier deux romans arrivent en même temps : Immobilité aux éditions Rivages et l’Antre chez Quidam. Cet ancien mormon, spécialiste du fantastique horrifique, fut surtout remarqué en France pour la Confrérie des mutilés (le Cherche-Midi, 2008), un récit particulièrement sanglant où le narrateur infiltre une secte dont les membres progressent en se mutilant. Son premier texte, la Langue d’Altman, fut à l’origine, par sa violence, d’une polémique provoquant son départ de l’université mormone Brigham Young. Il quitta l’église des saints des derniers jours quelques années plus tard ; ses deux romans Inversion et Père des mensonges sont d’ailleurs assez critiques envers l’église.
L’antre est un texte différent : ici on est dans un décor de science-fiction, pas d’horreur, de gore ou de fantastique, mais toujours avec cette touche d’étrangeté …
Cela fait maintenant presque dix ans que Brian Evenson n’avait pas été publié en France mais en ce mois de janvier deux romans arrivent en même temps : Immobilité aux éditions Rivages et l’Antre chez Quidam. Cet ancien mormon, spécialiste du fantastique horrifique, fut surtout remarqué en France pour la Confrérie des mutilés (le Cherche-Midi, 2008), un récit particulièrement sanglant où le narrateur infiltre une secte dont les membres progressent en se mutilant. Son premier texte, la Langue d’Altman, fut à l’origine, par sa violence, d’une polémique provoquant son départ de l’université mormone Brigham Young. Il quitta l’église des saints des derniers jours quelques années plus tard ; ses deux romans Inversion et Père des mensonges sont d’ailleurs assez critiques envers l’église.
L’antre est un texte différent : ici on est dans un décor de science-fiction, pas d’horreur, de gore ou de fantastique, mais toujours avec cette touche d’étrangeté propre à Brian Evenson. Dans ce qui semble être un abri souterrain ayant survécu à l’apocalypse, une personne seule essaye de comprendre qui elle est et quelle est sa mission. Car cette personne ne se souvient pas de grand-chose, et le terminal d’ordinateur de l’antre est endommagée. Tout ce dont elle se souvient, c’est que son nom commence peut-être par X, que son prédécesseur s’appelait Wollem, et avant Vigus et Vagus, et encore avant Uttr et Unnr. Mais peut-être est-elle Vagus, ou Wollem… Car ces personnalités semblent occuper diverses parties de son corps. Quant à sa mission, c’est peut-être de sortir de l’antre pour trouver des pièces afin de fabriquer son successeur…
C’est à partir de ce narrateur à la personnalité et au physique flous qu’Evenson pose la question principale de ce court texte : qu’est-ce qu’une personne ? Cet individu à la mémoire défaillante ne sait pas se définir lui-même, ne sachant s’il est humain ou même ce qu’est un humain. C’est avec cette interrogation et à travers ses rencontres et la réminiscence de ses souvenirs qu’il va progresser dans sa réflexion, ouvrant des pistes au lecteur. Car il ne s’agit que de pistes, l’auteur se gardant bien d’apporter des réponses définitives. Récit brillant d’une recherche d’identité, l’Antre est un récit fort à l’écriture subtile, doté d’une puissance d’évocation rare tout en gardant le flou aussi bien sur les personnages que sur les décors. Evenson fait surgir des images fortes dans l’esprit du lecteur avec un texte remarquable de bout en bout où aucun mot n’est en trop.